Etude CAMIL-RETRO

- 25 novembre 2021 -

Etude rétrospective comparative du relargage d’ADN tumoral circulant dans le lymphome B primitif du médiastin et le lymphome de Hodgkin classique.

Le lymphome B primitif du médiastin (« PMBL ») est un cancer rare se développant à partir des ganglions lymphatiques et touchant préférentiellement les jeunes adultes. Il s’agit d’un lymphome agressif pouvant menacer la vie à court terme mais potentiellement curable dans la majorité des cas. Le traitement repose sur l’immunochimiothérapie. Néanmoins, certains patients résistent au traitement ou rechutent très rapidement, dans la première année. De plus, ce lymphome est difficile à biopsier pour en faire le diagnostic, car la maladie est principalement localisée dans l’espace anatomique appelé « médiastin » situé entre les deux poumons. Enfin, des fixations résiduelles fréquentes au « TEP-scan » au niveau du médiastin après chimiothérapie compliquent l’évaluation de la réponse thérapeutique.

Ce lymphome, bien que classé dans les lymphomes Non-Hodgkiniens, partage de nombreuses similarités biologiques et génétiques avec le lymphome de Hodgkin (LH), qui touche lui aussi particulièrement les jeunes patients, mais qui est traité de façon différente du PMBL.

Au cours de précédents travaux, publiés en 2016 et en 2021 dans la revue scientifique « Haematologica » nous avions démontré que le lymphome de Hodgkin libère de l’ADN tumoral dans la circulation sanguine des patients et qu’il est possible de le mesurer et de le suivre au cours du temps.

L’étude de l’ADN tumoral circulant, aussi appelée « biopsie liquide », était jusqu’alors très peu connue dans les lymphomes B primitifs du médiastin. L’équipe de l’unité Inserm U1245 rattachée au Centre Henri Becquerel a donc cherché à démontrer la faisabilité de la biopsie liquide dans ce lymphome très particulier. A l’aide d’un séquenceur de nouvelle génération (NGS) et d’un panel de 9 gènes, nous avons analysé comparé les données de 44 patients atteints de PMBL pour lesquels nous disposions d’échantillons de sang et de la tumeur primitive au diagnostic. Nous avons démontré que la biopsie liquide est un excellent reflet du « panorama génétique » de la tumeur d’origine, avec les mêmes profils de « mutations » détectables à la fois dans le sang et dans la tumeur. Nous avons aussi observé que les PMBL et les LH avaient globalement les mêmes mutations détectables, ce qui souligne la « proximité » génétique entre ces deux maladies.

Finalement, ce travail qui vient d’être accepté pour une publication très prochainement dans la revue scientifique « Leukemia&Lymphoma » a établi qu’il est possible de détecter de l’ADN tumoral circulant chez 80% des patients atteints de lymphomes B primitifs du médiastin.

Nous envisageons désormais de démontrer que cet outil de « biopsie liquide » va pouvoir servir à suivre les patients au cours de leur traitement de chimiothérapie, afin d’évaluer leur réponse au niveau « moléculaire » sur la prise de sang, en complément de l’analyse des images du « TEP-scan ».

Pour cela des prises de sang successives seront effectuées au cours du traitement dans le cadre d’une nouvelle étude en cours au Centre Henri Becquerel pour les PMBL, l’étude prospective « CAMIL » (NCT04824950). Les résultats de ces analyses de l’ADN tumoral circulant apporteront des données supplémentaires pour affiner le suivi et le pronostic des patients afin d’améliorer nos stratégies de prise en charge.

Dr Vincent Camus, département d’hématologie clinique et INSERM U1245, Centre Henri Becquerel.

*Article sous presse. Camus V et al. « Circulating tumor DNA in primary mediastinal large B-cell lymphoma versus classical Hodgkin lymphoma: a retrospective study » Leukemia&Lymphoma 2021